19 octobre 2012

L'intervalle, le désir et l'appel

Michèle Frank.JPG« Son affaire à ce qu'il imagine n'était pas d'attendre, mais de conquérir et de posséder
Ce qu'il peut, comme s'il y avait rien qui ne Vous appartînt et comme s'il pouvait être ailleurs que là où Vous êtes.
Mais, Seigneur, il n’est pas si facile de Vous échapper, et s’il ne va pas à Vous par ce qu’il a de clair, qu’il y aille par ce qu’il a d’obscur ; et par ce qu’il a de direct, qu’il y aille par ce qu’il a d’indirect ; et par ce qu’il a de simple,
Qu’il y aille par ce qu’il a en lui de nombreux, et de laborieux et d’entremêlé,
Et s’il désire le mal, que ce soit un tel mal qu’il ne soit compatible qu’avec le bien,
Et s’il désire le désordre, un tel désordre qu’il implique l’ébranlement et la fissure de ces murailles autour de lui qui lui barraient le salut,
Je dis à lui et à cette multitude avec lui qu’il implique obscurément.
Car il est de ceux-là qui ne peuvent se sauver qu'en sauvant toute cette masse qui prend leur forme derrière eux.
Et déjà Vous lui avez appris le désir, mais il ne se doute pas encore ce que c'est que d'être désiré. Apprenez-lui que Vous n'êtes pas le seul à pouvoir être absent ! Liez-le par le poids de cet autre être sans lui si beau qui l'appelle à travers l'intervalle ! Faites de lui un homme blessé parce qu'une fois en cette vie il a vu la figure d'un ange ! »

Paul Claudel, Le Soulier de satin, Première Journée, scène première, Théâtre, II, Pléiade, p.668. [Oeuvre de Michèle Frank]

20:05 Publié dans Alternatives, Littérature | Commentaires (1) |

Commentaires

« Ni la vieille dame ni la demoiselle n’ont peur, je l’avoue. C’est que la première, ami, est pleine de haine et de péché ; l’autre est un enfant. Qu’elle siffle entre ses dents de lait, vous verrez paraître un ange sur la crête du mur, un vrai petit ange, aussi léger qu’une fleur de chardon. »
(Fiodor dixit)

Georges Bernanos, La Joie, p. 544.

Écrit par : G. | 20 octobre 2012

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